D'une histoire qui pourrait être banale, Erin Kelly a écrit un thriller au suspense insoutenable. Sombre et puissant, L'arbre au poison est un petit bijou d'une poésie envoûtante.

L'amitié toxique
Brillante étudiante au Queen Charlotte's College à Londres, Karen a une vie bien rangée et un avenir déjà tout tracé. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Biba, une actrice en herbe exubérante qui vit dans une gigantesque demeure délabrée avec son frère Rex. Aussitôt liée à Biba par une amitié hors du commun, Karen va vivre l'été le plus inoubliable de sa vie, avant que celle-ci ne bascule...

Dès les premières pages, il est évident qu'un drame s'est produit cet été-là et a changé la vie de tous les personnages. En alternant le récit au passé et au présent de la vie de Karen, l'auteur déroule peu à peu les faits sans longueurs ni ennui. Au fil des pages, l'univers s'opacifie, le suspense devient lourd et le roman envoûtant. L'histoire de Karen et son amitié avec Biba et Rex est aussi captivante et dangereuse qu'un arbre magnifique mais vénéneux.

Avec des mots légers mais lourds d'émotion, écrits d'une plume poétique, Erin Kelly met doucement en place un univers sombre et mélancolique, un monde ensorcelant mais menaçant, où une amitié extraordinaire n'a d'égale qu'une ingratitude insensée. En refermant ce livre, j'ai ressenti un douloureux sentiment de tristesse, mais je reste éblouie par la puissance qui émane de ce premier roman au timbre si particulier.

L'arbre au poison d'Erin Kelly, Le Livre de Poche, 2013, 473 pages


Berlin, 1944. La guerre tourne mal pour l'Allemagne et les nazis aux abois tentent de faire oublier leur passé trouble pour ne pas être faits prisonniers à la libération, tandis que les civils tentent tant bien que mal de survivre aux bombardements des Britanniques. Énième fiction sur fond de Seconde Guerre Mondiale, Deux dans Berlin se démarque avec brio par son intrigue originale dénuée de pathos et son style ultra-réaliste.

A la faveur d'un raid aérien, Ruprecht Haas, ancien commerçant dénoncé à la Gestapo, parvient à s'échapper du camp de Buchenwald et regagne Berlin pour se venger de ceux qui l'ont dénoncé. Parallèlement, Hans-Wilhelm Kalterer, officier SS blessé sur le front de l'est, est rapatrié à la capitale et reprend ses fonctions d'inspecteur de la police criminelle, où il enquête sur le meurtre d'un haut fonctionnaire nazi. Au milieu des bombardements s'engage une chasse à l'homme dont le dénouement ne peut être que tragique.

Dès les premières pages, on est plongé dans l'univers chaotique d'une Allemagne agonisant sous le poids des bombes alliées. Civil ou nazi, bon ou mauvais, chaque individu doit mener une lutte de tous les instants pour survivre au prochain bombardement, une journée de plus. Au centre de ce tableau, les deux protagonistes, Haas et Kalterer, évoluent tant bien que mal, guidés par leur quête de vengeance et de vérité. Au fil des chapitres, on en apprend plus sur le passé de ces deux hommes que tout semble opposer. Mais s'il est une chose à retenir de la guerre, c'est que si les nazis sont des sales types, les civils ne sont pas tous des enfants de chœur et chacun a, à un moment ou à un autre, sa responsabilité dans les déportations, la violence et l'horreur.

Avec un style très réaliste qui montre la guerre en gros plan, Richard Birkefeld et Göran Hachmeister signent là un roman original et très documenté. Malgré les scènes atroces, Deux dans Berlin est un livre passionnant qui propose, sans tomber dans le pathétique facile, une réflexion profonde sur la responsabilité de chacun dans la guerre.

Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


Après avoir découvert et aimé Stephen King avec Dôme et Running Man, dans le but de me familiariser avec son (immense) oeuvre et sur les conseils appuyés de mon amie MademoizelleBreizh, je me suis plongée dans la lecture d'un de ses romans les plus célèbres : Misery, qui fut un véritable coup de cœur.

Le mal s'appelle Annie
Je vous avertis tout de go : en ouvrant Misery, attendez-vous à plonger dans un univers oppressant et terrifiant, dont vous vous souviendrez longtemps. Paul Sheldon, romancier à succès et créateur du personnage littéraire de Misery, pourrait vous en dire long. Victime d'un accident de voiture sur une route enneigée, il ne s'attendait pas à être recueilli par Annie, une petite femme à la santé mentale fragile qui se dit être son "admiratrice numéro un". Mais pour elle, Paul Sheldon a commis un acte pour lequel il doit payer : il a osé faire mourir la pauvre Misery. Commence alors un huis clos qui ressemble bien à l'enfer sur terre.

Déjà à la lecture de Dôme, j'avais été épatée par le talent de Stephen King pour décrire les pulsions humaines les plus viles. Ici, Annie se situe toujours au bord de la folie et le calvaire de Paul Sheldon ne semble jamais prendre fin. Sans jamais faire appel au fantastique, Stephen King parvient à mettre son lecteur dans un état de terreur absolument effrayante. Tout au long de ma lecture, je me suis répété une chose : je ne veux jamais, au grand jamais, me retrouver à la place de Paul Sheldon. Pour autant, cela ne m'a pas empêché d'engloutir les pages à une vitesse phénoménale.

Car c'est là que réside la force de Misery : le suspense y est insoutenable et la terreur éprouvée à la lecture intense, mais le récit est tellement addictif que l'on continue la lecture, les yeux mi-clos, dans l'attente d'un nouveau rebondissement qui nous fera frémir. Enfin, la profusion de détails qui rendent les scènes extrêmement réalistes et la description quasi psychiatrique des réactions des personnages contribuent grandement à la véracité du récit et à l'état psychologique quelque peu tendu du lecteur. Bref, on s'y croirait et pour m'avoir tant fait frissonner à la lecture : chapeau.

Misery de Stephen King, Le Livre de Poche, rééd. 2009, 391 pages

J'ai lu Misery dans le cadre du challenge Livra'Deux pour Pal'Addict avec MademoizelleBreizh.

Une lecture, un avis court, une note !
Pour lire mes avis détaillés (quand il y en a) sur chaque livre, cliquez sur le titre.

Juillet n'a pas été de tout repos, je n'ai pratiquement pas blogué, pratiquement pas lu non plus, et les vacances se font douloureusement désirer ! Résultat : un bilan moins fourni que d'habitude avec 4 livres.



Elle savait de Lee Child
Un bon roman d'espionnage qui déménage autant qu'un bon film d'action. Un excellent divertissement quand on n'a pas envie de se prendre la tête.
Ma note : 15/20



Misery de Stephen King
Révélation ! C'est l'un des meilleurs thrillers que j'ai jamais lu et de loin le meilleur Stephen King que j'ai lu jusqu'à présent. Un huis clos terrifiant qui me fait encore froid dans le dos. Et quelle écriture, King est décidément un génie pour décrire les pires penchants humains !
Ma note : 20/20



L'arbre au poison d'Erin Kelly
Un roman très sombre qui met en scène la douloureuse vie d'une femme face à un lourd secret. Le suspense est maîtrisé avec brio et envahit peu à peu tout l'espace, jusqu'à provoquer une véritable tension à la lecture. Ce livre m'a laissée sur un profond sentiment de mélancolie, mais m'a envoûtée par sa poésie.
Ma note : 16/20



Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister
Encore un roman sur la Seconde Guerre Mondiale et les nazis, mais cette fois-ci très original. Loin des écueils dramatiques dans lesquels il est facile de tomber avec ce genre de sujet, Deux dans Berlin est un roman cru, terriblement réaliste, sur le Berlin de 1944, sur l'Allemagne capitulante dans laquelle chacun, ex-détenu, nazi ou simple civil, tente par tous les moyens d'effacer ses responsabilités dans la guerre pour éviter les ennuis. Un livre excellent et édifiant.
Ma note : 18/20


Et vous, qu'avez-vous lu ce mois-ci ?


Une série de massacres atroces, un flic obsédé par l'enquête au point d'en oublier tout ce qui faisait sa vie... En ouvrant Adieu, attendez-vous à être happé par une intrigue à la limite de la folie, dont vous ne ressortirez pas indemne.

L'obsession jusqu'à la démence
2001, région parisienne. Une famille est retrouvée massacrée à son domicile : mère et enfants ont été froidement exécutés. Seul manque le père de famille, qui s'est évaporé. L'enquête est confiée au commissaire Hervé Langelier, qui déjà soutient une hypothèse contre l'avis général de ses supérieurs : c'est le père qui a tué sa famille. Un mois plus tard, jour pour jour, une autre famille subit le même sort, non loin de là. Alors que la police s'oriente sur la piste d'un tueur en série, Langelier campe sur ses positions : le meurtrier est l'un des pères. Au fil des mois, les meurtres se poursuivent, et le commissaire Langelier se coupe peu à peu de sa vie pour sombrer dans une enquête qui le mènera aux confins de la folie...

Le roman s'ouvre dix ans après les faits, sur le pot de départ en retraite d'Hervé Langelier. Alors que sa carrière a été détruite par l'affaire des massacres, le commissaire met un point d'honneur à rétablir la vérité devant ses pairs, et à enfin raconter sa version de l'enquête. La majorité du récit consiste donc en un monologue du personnage principal qui explique, point par point, détail après détail, tous les éléments de l'enquête qu'il a continué de mener pendant dix ans.

Dès les premières pages, j'ai été happée par ce récit tendu, au suspense insoutenable, et par cette enquête aux allures de casse-tête chinois. Indice après indice, je me suis laissée convaincre par le récit douloureux de Langelier, ce flic si peu sympathique mais si captivant. Mais toute l'intelligence de ce roman réside dans les dix dernières pages : après l'avoir sans cesse persuadé de croire à son récit, le narrateur assène un coup de massue à son auditoire (et par là à son lecteur) en lui révélant une vérité diabolique à laquelle je m'étais interdit de penser.

Servi par un style détaillé mais fluide, Adieu est un thriller oppressant qui se lit avec frissons et se referme avec stupeur. Chapeau bas à l'auteur qui réussit, dans ce roman, à convaincre et balader son lecteur, sans que celui-ci ne s'aperçoive même qu'il est manipulé.

Adieu de Jacques Expert, Le Livre de Poche, 2013, 408 pages

Un livre-comédie musicale, une histoire d'ados fâchés contre leur parents et rapprochés par la musique... J'avais peur qu'Une guitare pour deux soit ce genre de roman niais et dégoulinant de bons sentiments. Après lecture, je vous affirme qu'il ne l'est pas du tout et que j'ai même passé un très bon moment de lecture !

Une guitare pour changer son regard sur le monde
Tripp et Lyla sont des musiciens : lui joue de la guitare, elle du violoncelle. De prime abord, ils n'ont rien en commun : Tripp est un cancre rebelle, Lyla une jeune fille modèle. Quand ils se retrouvent à devoir partager une salle de répétition au lycée, c'est le clash : le comportement de l'un se confronte aux bonnes manières de l'autre... jusqu'à ce qu'une guitare les rapproche. Naît alors une amitié sans borne grâce à laquelle Tripp et Lyla partagent tout : les relations avec leurs parents, les joies et les doutes de l'adolescence...

Je vais être très franche : lorsque l'on m'a envoyé ce roman composé au quart de chansons d'ados, j'ai eu un peu peur. Peur d'un livre niais, "cul-cul", débordant de bons sentiments et de leçons de vie à la noix. Mais j'ai vite ravalé mes préjugés : Une guitare pour deux est certes un livre-musical (au sens où la musique y est non seulement le thème central mais compose une bonne partie du contenu même du livre, comme en témoigne les paroles et tablatures rassemblées à la fin de l'ouvrage), mais c'est aussi un très bon roman jeunesse. L'auteur a fait un réel effort de construction, à la fois de ses personnages et de l'intrigue, et a soigné son style, si bien que je me suis surprise à tourner les pages de manière addictive.

Si j'ai largement passé sur les chansons, j'ai bien senti que l'auteur transmettait là sa passion pour la musique, et pour la guitare en particulier, à travers une intrigue bien pensée et tout sauf bancale, qui aborde sans superficialité des thèmes tels que l'amitié, l'adolescence et la perte d'un être cher. Au final, j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ces deux adolescents en pleine découverte d'eux-même, et j'ai été agréablement surprise par ce roman qui plaira certainement aux ados, même s'ils n'ont pas l'habitude de lire.

Une guitare pour deux de Mary Amato, Nathan Jeunesse, 2013, 288 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Nathan Jeunesse qui m'ont gracieusement envoyé ce livre.


Paris, 1733. La baronne de Fontaine-Martel, chez qui le sulfureux philosophe Voltaire coulait des jours heureux et à moindre frais, est retrouvée assassinée d’une des plus horribles manières qui soient : la malheureuse a été empoisonnée, étouffée, poignardée et étranglée. Trop occupé à superviser le déménagement d'un cimetière, René Hérault, le chef de la police, pose un ultimatum à Voltaire : il devra mener l’enquête sur ce meurtre à sa place et en toute discrétion ; sinon, direction la Bastille pour toutes les horreurs irréligieuses et anticonformistes que le philosophe a écrites !

Voltaire, enquêteur effronté
Nous voici donc suivant Voltaire, canaille pique-assiettes sans scrupules et sans vergogne, galopant à travers les rues de Paris à la poursuite d’un assassin fantôme. Sur un malentendu, il se retrouve assisté de Mme de Breteuil, marquise du Châtelet enceinte jusqu’au cou mais qui ne tient pas une minute en place. A eux deux, ils suivent toutes les pistes que sème le mystérieux meurtrier. 

Quiproquos, scènes cocasses et dialogues surprenants, le lecteur n’est pas en reste. Sur un rythme effréné, Frédéric Lenormand met en scène un Voltaire survolté, très drôle et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Sur fond de faits historiques réels et fort bien documentés, l’auteur déploie une intrigue policière qui se lit avec délectation

J’accorde une mention spéciale au style, pastiche humoristique de celui de Voltaire, tel qu’on peut le connaître dans Candide, par exemple. Cette écriture vive, pleine d’esprit et de jeux de mots participe clairement à l’hilarité générale qui émane de ce roman. Détente et plaisir assurés !

La baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand, Le Livre de Poche, 2013, 276 pages


Alors que j'avais adoré Le livre de Johannes, premier roman de Jorgen Brekke, c'est avec beaucoup d'attentes que j'ai lu sa suite, Mélodie pour une insomnie. Un thriller efficace et violent, mais qui m'a tout de même légèrement déçue par rapport au Livre de Johannes.

Un meurtrier mélomane
Quelques mois après l'affaire des parchemins, l'inspecteur Odd Singsaker reprend du service. Cette fois, il enquête sur un meurtre sanglant et et une étrange disparition : une chanteuse est retrouvée assassinée, gorge tranchée et cordes vocales arrachées, une boîte à musique à la place du larynx. Et lorsque une autre chanteuse, vivant dans le quartier de la défunte, disparaît à son tour, toute la police est sur le qui-vive pour retrouver un assassin fasciné par les berceuses de Jon Blund, un troubadour du XVIIIe siècle, dont les chansons sont sensées donner le sommeil...

Mélodie pour un insomnie est construit sur le même mode que Le livre de Johannes : une intrigue contemporaine mettant en scène Singsaker et ses collègues de la police norvégienne, et une intrigue secondaire, historique celle-ci, faisant le lien avec les motivations du meurtrier. Les chapitres s'imbriquent de la même manière, si bien que l'effet de surprise qui existait dans Le livre de Johannes est un peu gâché à la lecture de Mélodie d'une insomnie : au bout de quelques chapitres, j'avais déjà compris la motivation du tueur et mon intérêt à la lecture a donc diminué.

Attentions âmes sensibles : Mélodie pour une insomnie est un roman très violent, bien plus que ne l'était déjà Le livre de Johannes. Nous avons là affaire à un meurtrier qui ne sait pas garder son sang froid, et qui inflige à ses victimes des coups d'une extrême violence, que l'auteur nous restitue avec force détails. 

Malgré les scènes très rythmées, j'ai trouvé un certain nombre de longueurs au livre, notamment dans les chapitres historiques et dans la description de la relation Singsaker-Felicia, qui ne sert pas réellement l'intrigue et semble donc annoncer une suite. Enfin, j'ai regretté les réflexions et clins d'oeil de l'auteur sur la littérature policière qui m'avaient tellement plus dans Le livre de Johannes et sont quasi-inexistantes dans Mélodie pour une insomnie

Après avoir tant aimé Le livre de Johannes, je ne pouvais m'empêcher de faire une lecture comparative de Mélodie pour une insomnie, qui peut se lire, à mon sens, indépendamment du premier tome, et reste malgré tout un thriller diaboliquement efficace.

Mélodie pour une insomnie de Jorgen Brekke, éditions Balland, 2013, 394 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Balland et Babelio qui m'ont gracieusement envoyé ce livre dans la cadre de l'opération Masse Critique.

Une lecture, un avis court, une note !
Pour lire mes avis détaillés (quand il y en a) sur chaque livre, cliquez sur le titre.

Juin fut le mois de l'alternance : à un roman "sérieux", un roman "détente". Du coup, j'ai conservé mon allure de lecture ce mois-ci : j'ai lu 6 livres.



Un roman trash et déroutant sur le vide de l'existence, écrit d'une écriture aussi nihiliste que le sujet qu'il aborde. Un bon livre mais qui n'est définitivement pas à mettre entre toutes les mains. Mon conseil : prévoyez une lecture "détente" pour la suite.
Ma note : 15/20



Ma lecture détente du mois ! Après Moins que zéro, j'en avais bien besoin, et Sophie Kinsella a décidément un talent fou pour remonter le moral ! Un excellent bouquin qui m'a beaucoup fait rire !
Ma note : 18/20



La baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand
Un très bon policier historique qui met en scène un Voltaire enquêteur et très farceur. Traits d'esprit, quiproquos et situations cocasses peuplent ce roman drôle et original.
Ma note : 15/20



Mélodie pour une insomnie de Jorgen Brekke
Une déception par rapport au premier roman de l'auteur, Le livre de Johannes. Ce roman reste un bon thriller, très violent cela dit.
Ma note : 13/20



Une guitare pour deux de Mary Amato
Un bon roman jeunesse pas niais pour deux sous, avec lequel j'ai passé un bon moment sans prise de tête.
Ma note : 15/20



Adieu de Jacques Expert
Un roman-monologue qui m'a littéralement happée. L'histoire est parfois difficile, mais terriblement addictive, et la fin m'a scotchée.
Ma note : 16/20


Et vous, qu'avez-vous lu ce mois-ci ?


Une héroïne pétillante, des situations hilarantes, Confessions d’une accro du shopping, le premier tome de la saga de l’Accro du shopping de Sophie Kinsella, est le livre anti-dépresseur par excellence, idéal en cas de coup dur ! 

Une belle tranche de rire 
Rebecca Bloomwood est journaliste économique dans un petit journal financier. Ou du moins fait semblant de l’être ! Car elle est plutôt mal placée pour délivrer des conseils en gestion de budget : véritable acheteuse compulsive, elle ne peut pas s’empêcher de craquer pour toutes les belles choses qui lui tombent sous la main. Fringues, maquillage, crèmes de beauté, accessoires déco… tout y passe, ce qui lui vaut d’être harcelée par son banquier. 

Du début à la fin, Becky s’évertue à éviter son banquier, en prétextant des excuses plus farfelues les unes que les autres (« mon chien est mort », « ma tante est morte », « je me suis cassé la jambe », « j’ai la mononucléose », etc.), comme nous le montrent les courriers de la banque insérés entre chaque chapitre. Parallèlement, elle met en place un plan d’action pour dépenser moins, usant de toutes les méthodes qui lui passent par la tête : épargner 60 livres par semaine, écrire des piges, épouser un millionnaire… Mais cela ne fonctionne jamais, pour notre plus grand plaisir ! 

Toujours empêtrée dans des situations ubuesques, Becky m’a fait hurler de rire durant toute ma lecture. Bien qu’agaçante par moments (il faut reconnaître que c’est une sacrée menteuse !), rêveuse mais tellement drôle, Becky a réussi à me faire retrouver ma bonne humeur ! C’est une bonne copine fraîche et pétillante, naïve et attachante à la fois. 

Côté style, il faut admettre que Sophie Kinsella a un réel talent pour imaginer des scènes hilarantes, écrire des dialogues incisifs et décrire des personnages profondément humains, dans le but de faire rire son lecteur. J’ai littéralement adoré ce roman et l’ai lu comme on aspire une bonne bouffée d’air frais. 

Vous cherchez à entraîner vos zygomatiques ? Lisez Confessions d’une accro du shopping ! 

Confessions d’une accro du shopping de Sophie Kinsella, Pocket, réédité en 2012, 384 pages

Ah, l'éternel problème du moral à plat ! C'est un souci qui me colle à la peau depuis quelques mois, et mon moral ne cesse de faire les montagnes russes ! 

Pour remédier à cet état mi-triste mi-blasé, j'ai mis en place quelques principes de lecture :

1. Ne pas planifier mes lectures trop à l'avance
Il y a encore quelques mois, j'organisais mon programme de lecture plusieurs semaines à l'avance. Cela ne laissait pas vraiment la place aux lectures superflues et a donc fini par me mettre la pression.

2. Ne pas me forcer à terminer un livre qui ne me plaît pas
Cela m'arrive assez rarement, mais si un livre me donne vraiment le cafard et si je risque de le traîner sur des semaines comme un boulet, je l'abandonne ou le mets en pause pour passer à une lecture plus rafraîchissante.

3. Laisser la place aux lectures superflues
Désormais, j'ai toujours dans ma PAL quelques lectures légères, qui sont justement là pour le jour où mon moral fera encore des siennes ! Comme je m'impose des plannings de lecture moins chargés, j'ai donc la liberté d'intercaler ces livres détente en cas de coup dur.

4. Ne pas me forcer à lire si je n'en ai pas envie
Dans l'idéal, je lis une centaine de pages par jour. Mais cela dépend évidemment des jours, et essentiellement de mon moral. J'ai arrêté de m'imposer un rythme soutenu : si je n'ai pas envie de lire, inutile de me forcer, ce ne serait pas un plaisir. Je préfère privilégier les instants de lecture qui me font réellement du bien, quitte à mettre deux semaines à lire un livre.

Ces quelques astuces fonctionnent assez bien chez moi, testez-les et vous m'en direz des nouvelles.

Enfin, j'ai préparé pour vous une petite sélection de "livres-antidépresseurs", qui ont tous contribué à remonter mon moral durement éprouvé ! Pour les découvrir, lancez la vidéo :



Un lycée dans une petite ville américaine, une liste qui fixe les canons de beauté pour l'année à venir et des adolescents qui ne jurent que par ce qui y est inscrit. La Liste est indéniablement un roman sur l'apparence, mais qui a le mérite de ne pas être moralisateur : c'est une bonne découverte qui m'a fait passer un bon moment.

L'apparence au centre de toutes les attentions
Chaque année depuis des lustres, une semaine avant le bal de la rentrée est publiée une liste qui désigne, pour chaque classe, la fille la plus belle et la plus moche du lycée. Personne ne sait qui publie cette liste et jamais les tentatives pour tenter d'en empêcher la publication n'ont abouti. Tous les ans, ce sont donc huit filles qui se retrouvent le centre d'attention de tout le lycée...

Le roman est construit sur une semaine, depuis la publication de la liste le lundi, jusqu'au bal de la rentrée le samedi. Durant toute la semaine, on suit donc les réactions de chacune des huit filles de la liste, et on apprend ainsi à les connaître. Cette construction est assez intéressante et fluide, même si j'ai dû, à certains moments, retourner en arrière pour me rappeler de quel personnage il était question.

La Liste est un roman sur l'apparence comme unique, ou du moins principal critère de jugement d'une personne, qui entraîne une multitude de comportements liés au manque de confiance en soi, de l'hystérie à l'anorexie. Cela est flagrant dans l'intrigue : à partir du moment où la liste est publiée, les filles dont le nom y figure ne sont plus regardées par les autres pour ce qu'elles sont et ce qu'elles dégagent, mais uniquement comme belles (donc dignes d'intérêt) ou moches (donc dignes de mépris). La petite nouvelle que beaucoup regardaient de travers devient alors la coqueluche du lycée parce qu'elle est "belle", tandis qu'une autre fille perd son petit ami sous prétexte qu'elle est "moche" d'après la liste. Personne ne remet en cause le jugement de la liste, que beaucoup prennent pour parole d'Evangile.

L'auteur décrit cette superficialité des rapports entre ados avec une distance volontaire qui pousse le lecteur à s'interroger sur l'intérêt de l'apparence pour l'apparence, qui pousse certaines filles à se détruire. Au final, la question que pose l'auteur est celle-ci : "pourquoi faire tous ces efforts pour être belle, à quel prix ?" J'ai particulièrement aimé cette distance de l'auteur, tout comme l'absence de moralité bien-pensante qui laisse donc au lecteur la liberté de réfléchir de lui-même sur la situation.

Bref, vous l'aurez compris, j'ai passé un agréable moment avec roman qui se lit tout seul, et j'ai même été agréablement surprise par le traitement du sujet par l'auteur. 

La Liste de Siobhan Vivian, Nathan, 2013, 406 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Nathan qui m'ont gracieusement envoyé ce livre.
J'ai La Liste en lecture commune avec MademoizelleBreizh, dont je vous invite à lire l'avis.


Sexe, drogue et vacuité. Voilà le leitmotiv de Moins que zéro, un roman trash et déroutant, qui cache le talent certain de son auteur pour mettre en scène le vide. Brillant mais très choquant.

"C'est le matin de Noël et je suis défoncé à la coke"
Cette phrase résume à merveille le roman. Clay, jeune californien de 18 ans, rentre à Los Angeles passer les vacances de Noël. Son temps libre, il le passe avec ses amis, à tuer le temps, à faire la fête et à se droguer. Mais l'ennui est tel qu'il est déjà blasé de tout, comme tous ses camarades révélateurs de la jeunesse dorée qui n'a rien à perdre.

Je l'admets tout de go : j'ai failli abandonner ce livre dès les premières dizaines de pages tellement il est déroutant et tant la lecture m'a mise mal à l'aise. L'intrigue est pour ainsi dire inexistante : quand Clay et ses potes ne se shootent pas à la coke, ils fument des joins, se prostituent, font des tentatives de suicide ou commettent des viols. Au trou la morale, ces jeunes gens sont riches et peuvent tout s'offrir, à quoi bon alors s'encombrer de sentiments ?
"- [...] Quand on veut quelque chose, on a le droit de le prendre. Quand on veut faire quelque chose, on a le droit de le faire. [...]
- Mais tu n'as besoin de rien. Tu as déjà tout", je lui dis.
Rip me regarde. "Non. J'ai pas tout.
- Quoi ?
- Non. J'ai pas tout."
Après un silence, je lui demande "Et merde, Rip, quesse que t'as pas ?
- J'ai pas quelque chose à perdre."
(p. 219-220)

Derrière la vacuité des personnages et la profusion de scènes insoutenables, Moins que zéro révèle le talent de Bret Easton Ellis : une description et une mise en scène remarquable du vide (vous-mêmes vous sentez vides à la lecture), et un style désinvolte et provocateur, réduit à une écriture et des dialogues minimalistes. On y retrouve également une Los Angeles noire, sans âme, où tous les vices sont possibles.

En définitive et après mûre réflexion, Moins que zéro est un bon roman, et je lirai probablement d'autres livres de l'auteur, quand mon moral me le permettra. Néanmoins, il est si trash qu'il ne pourra certainement pas être mis entre toutes les mains.

Moins que zéro de Bret Easton Ellis, France Loisirs (Piment), 2011, 240 pages


Une île mystérieuse où elfes et trolls influent sur le quotidien des gens, trois personnages venus trouver là repos et pourquoi pas bonheur. Le sang des pierres est un thriller qui ne ressemble à aucun autre, à l'écriture poétique et puissante. Surprenant.

Sur les traces du passé, une vie plus tranquille ?
Le printemps venu, certains Suédois quittent le continent pour rejoindre l'île d'Öland : il y a Gerloff, qui a fui sa maison de retraite pour venir passer ses derniers jours dans la maison où il a vécu avec son épouse ; Vendela, qui revient sur les lieux de son enfance et explore les secrets de la lande ; et enfin Peter, venu s'installer dans la maison familiale pour échapper à son père. Pour chacun de ses trois personnages, l'île d'Öland renferme une foule de secrets, qu'il ne leur sera pas aisé de découvrir.

Sur toute la durée du roman, on suit ces trois personnages, leur quotidien difficile ou ennuyeux, et leur exploration du passé à la recherche des secrets qui y sont restés enfouis. Très touchants, Gerloff, Venda et Peter aspirent, au fond, à la tranquillité et au bonheur... qu'ils ne trouveront qu'une fois anéantis les démons du passé.

Bien plus qu'un simple thriller, Le sang des pierres est un roman puissant, qui met en scène des personnages profonds et une nature dotée de pouvoirs et peuplée de créatures surnaturelles qui renforcent le mystère qui règne sur Öland. L'écriture est particulièrement belle, très poétique et les descriptions sont détaillées sans pour autant être trop longues. A aucun instant je ne me suis ennuyée dans ma lecture, et j'ai pris un plaisir certain à suivre ces trois personnages en quête d'absolu.

Original et intriguant, Le sang des pierres est un roman qui plaira aux amateurs de poésie et de personnages en pleine introspection. 

Le sang des pierres de Johan Theorin, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


C’est un grand classique de la littérature du XXème siècle, remis au goût du jour par un réalisateur hollywoodien. Alors que je voulais le lire depuis longtemps, j’ai profité de cette mise en avant pour lire ce roman qui m’a secouée. 


L’espoir de ressusciter le passé 

Qui est donc ce mystérieux Gatsby dont tout le monde parle mais dont personne ne sait rien ? Chaque week-end, le tout New-York se presse dans la gigantesque demeure de cet homme mystérieux qui organise les soirées les plus fastes de la ville. Bientôt, Nick Carraway, le voisin de Gatsby, va être introduit dans ces soirées mondaines et découvrir que ces dernières n’ont pour ce dernier qu’un unique but : reconquérir le cœur de sa bien-aimée, Daisy Buchanan, qu’il a perdu de vue quelques années plus tôt…

Derrière ce qui peut sembler être une banale histoire d’amour, Francis Scott Fitzgerald pose une question existentielle : peut-on vivre au présent sans cesse attaché à son passé ? Là réside tout le tragique de l’ouvrage, incarné dans le personnage de Gatsby.

J’ai été très touchée par Jay Gatsby, si fragile derrière son masque d’assurance, si enclin à espérer, et qui se heurte à l’attitude intéressée puis à l’indifférence et au mépris des autres. Ecrit dans un style très travaillé, Gatsby le Magnifique est bourré de phrases très révélatrices de l’esprit même du roman, notamment la première et la dernière phrase du livre, qui m’ont, je crois, marquée à jamais.

"Chaque fois que tu te prépares à critiquer quelqu'un [...], souviens-toi qu'en venant sur terre tout le monde n'a pas eu droit aux mêmes avantages que toi." (p.11)

"- On ne ressuscite pas le passé ? répéta-t-il, comme s'il refusait d'y croire. Mais bien sûr qu'on le ressuscite !" (p.139)

"Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé." (p.223)

Enfin, Gatsby le Magnifique est une fresque réaliste de la période des années folles : le faste et la libération des mœurs, l’urbanisation à outrance et la montée en puissance de la bourgeoisie américaine sont très bien détaillées dans ce roman très visuel.

Gatsby le Magnifique est de ces romans que l’on ne se lasse pas de lire et, à peine refermé, j’ai déjà envie de le reprendre. Si vous l’avez pas déjà lu, foncez !

Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald, Le Livre de Poche, 2013 (première édition : 1925), 224 pages


Deux meurtres sanglants au mode opératoire similaire, un mystérieux moine sur les traces de la vengeance… A cheval entre thriller contemporain et roman historique, Le livre de Johannes est une premier roman très réussi. Frissons garantis ! 

Le meurtre à fleur de peau 
2010, Musée Edgar Allan Poe, Richmond en Virginie. Le conservateur du musée est retrouvé mort, atrocement mutilé. Décapité, son cadavre présente une étrange particularité : le meurtrier l’a soigneusement écorché et a emporté sa peau. Quelques jours plus tard, c’est l’une des bibliothécaires de la bibliothèque Gunnerus de Trondheim en Norvège, à des milliers de kilomètres de là, qui subit le même sort. Dans le cadre de l’enquête, les policiers découvrent l’existence d’un étrange manuscrit qui les mène sur les traces de Johannes, un étrange moine norvégien du XVIème siècle qui avait pour habitude d’écrire sur la peau de ses victimes… 

Entre les Etats-Unis et la Norvège, nous suivons donc deux enquêtes dont les éléments ne cessent de les rapprocher l’une de l’autre. Parallèlement, l’auteur introduit des chapitres qui tiennent plus du roman historique que du thriller, dans lesquels il raconte la vie et la mystérieuse vengeance, cinq siècles plus tôt, du moine Johannes. Malgré la profusion de personnages, de détails et de situations différentes, Jorgen Brekke réussit à maintenir l’intérêt et la cohérence du récit, et je ne me suis à aucun moment sentie perdue dans ma lecture. 

En plus de son récit au rythme haletant et au suspense insoutenable (autant vous dire que je littéralement dévoré le roman), l’écrivain s’amuse à analyser la mécanique du roman policier, et rend un fier hommage à Edgar Allan Poe et Agatha Christie. A la fin du livre, une fois le meurtrier démasqué, j’ai même presque pu entrevoir le sourire en coin de l’auteur disant « Je vous ai bien eus ! »

Intrigue originale, rythme effréné, enquête rondement menée, suspense entier jusqu’au bout et intelligence de l’écriture : c’est ce qui caractérise ce premier roman coup de cœur. Le livre de Johannes est une excellente découverte et j’ai hâte de lire les prochains romans de l’auteur.

Le livre de Johannes de Jorgen Brekke, Le Livre de Poche, 2013, 480 pages