Cela faisait déjà quelque temps que j’avais repéré ces deux livres qui figuraient en bonne position dans ma wish-list. Alors, lorsque les éditions Pocket m’ont proposé la version poche, j’ai évidemment sauté sur l’occasion ! Un petit livre très drôle qui plaira à coup sûr à tous les amateurs d’humour et de jeux de mots félins. 

Chat va vous faire rire !* 
Dans cette version poche, les éditions Pocket ont joué la carte de l’originalité en rassemblant les deux livres en un seul volume, d’une manière que l’on peut retrouver dans certaines éditions jeunesse par exemple : pour passer de l’un à l’autre, il suffit de retourner le livre, un format pratique et agréable, qui n’empiète pas sur le confort de lecture.

Comment aimer son maître quand on est un chat et Comment domestiquer son maître quand on est un chat adoptent tous deux le même principe : le point de vue d’un chat sur l’homme, cette grosse brute indisciplinée. Le premier se concentre uniquement sur l’amour sous toutes ses formes (de l’amour platonique à l’amour tarifé), tandis que le second est plutôt une sorte de vade-mecum, de guide de survie du chat en territoire humain (comprenant tous les trucs et astuces pour faire croire à l'homme que c'est lui, le maître du logis). C’est hilarant d’un bout à l’autre, à condition d’apprécier l’humour vache et les jeux de mots parfois un poil lourdingues.

Heureux propriétaires de chats, vous reconnaîtrez votre facétieux animal dans bien des situations, ses attitudes parfois distantes, ses bêtises, ses câlins, et vous vous reconnaîtrez vous, gaga devant cette petite boule de poil qui vous mène par le bout du nez.

Enfin, pour ceux que les minous laissent indifférents, Comment aimer son maître quand on est un chat peut être tout aussi drôle (car il se concentre bien plus sur les tares humaines que sur celles des félins), mais il perd tout de même un peu de son charme.

Comment aimer son maître quand on est un chat / Comment domestiquer son maître quand on est un chat de Monique Neubourg, Pocket, 2013, 247 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Pocket qui m’ont gracieusement envoyé ce livre.

* Désolée pour ce jeu de mots pourri, mais je reste dans le thème et dans le ton de l'ouvrage :)


Le destin de cinq jeunes femmes travaillant comme secrétaires en attendant leur mariage. Douce chronique du quotidien de femmes ordinaires dans le New York des années 50, Rien n'est trop beau est un roman au charme désuet, à lire comme un documentaire.

Sois belle et marie-toi
Caroline, April, Barbara, Gregg et Mary Agnes, toutes ont un point commun : elles attendent patiemment le jour de leur mariage pour qu'enfin leur (vraie) vie commence. En attendant leur heure, elles travaillent au pool des dactylo d'une grande maison d'édition. Pour certaines comme Mary Agnes, ce boulot n'est qu'une obligation sociale, histoire d'occuper leur temps utilement avant de trouver un homme à épouser. Pour d'autres comme Caroline, ce passe-temps se transforme en véritable sacerdoce, donnant un sens à leur vie. 

Prises en tenaille entre le boom libertaire de l'époque et le poids des conventions toujours présentes, les cinq jeunes femmes sont à la fois témoins et actrices de l'évolution en profondeur de toute la société américaine. Si elles ont désormais accès à des postes clés, il semble naturel qu'une femme démissionne lorsqu'elle se marie pour vivre au crochet de son époux. Alors que les jeunes hommes réclament à corps et à cri des relations sexuelles hors mariage, une femme qui n'est pas vierge avant de s'être mariée est encore considérée comme une traînée. 

Enorme succès de librairie à sa parution en 1958, Rien n'est trop beau décrit l'évolution de la femme dans une société encore largement dirigée par les hommes. Pour l'écrire, Rona Jaffe s'est inspirée des quatre années qu'elle a passées comme secrétaire dans une maison d'édition, et s'inspire donc de sa propre expérience pour décrire le quotidien de ses personnages. Résultat, le récit est authentique, vivant et a la portée d'un documentaire. C'est la charmante chronique d'une époque qui n'est finalement pas si lointaine de la nôtre...

Rien n'est trop beau de Rona Jaffe, le Livre de Poche, réédité en 2012, 669 pages


C’est après en avoir vu de nombreuses éloges sur la blogosphère que j’ai entamé la lecture, cet été, du Voisin de Tatiana de Rosnay. Moi qui n’avais encore rien lu de cet auteur, j’ai plutôt apprécié ce thriller psychologique qui manque néanmoins de piquant. 

L’enfer, c’est le voisin du dessus 
Colombe Barou est une femme ordinaire, sans histoire. Epouse et mère, elle ne fait d’ombre à personne et mène une vie plate et sans relief. Lorsqu’elle emménage dans son nouvel appartement, sa vie bascule. La raison de cette descente aux enfers ? Un voisin du dessus tyrannique et machiavélique qui s’évertue méthodiquement à lui gâcher l’existence… 

Mon avis sur ce roman est assez paradoxal : j’ai réellement apprécié sa lecture (bien que je n’ai pas été littéralement « plongée » dedans), mais les remarques qui me viennent à l’esprit à l’heure d’écrire cette chronique sont plutôt en demi-teinte. Pour moi, ce roman, alors qu’il s’ouvre sur une intrigue au potentiel fort, manque de piquant à cause d’une unique chose : le personnage de Colombe. En effet, l’héroïne, omniprésente et unique point de focalisation du récit, est gauche, mollassonne, cul-cul. Bref, elle manque cruellement de caractère et son manque de personnalité affecte directement le rythme du roman, sans qu’aucun personnage plus « punchy » (à part peut-être sa sœur, mais elle n’apparaît pas si souvent) ne vienne contrebalancer et cadencer l’ensemble. 

Au niveau de l’intrigue, j’ai été réellement surprise par le caractère machiavélique, voire désaxé du voisin de Colombe. Je ne m’attendais pas vraiment à un tel comportement et j’espère ne jamais croiser une personne de ce genre dans ma vie. 

Côté style, j’ai trouvé l’écriture de Tatiana de Rosnay sobre, très axée sur la psychologie des personnages. On est là en plein centre des émotions de Colombe, et l’effet obtenu est plutôt réussi. 

Ainsi, malgré un personnage principal que j’aurais aimé secouer par moments, j’ai plutôt passé un bon moment avec Le Voisin, sans toutefois pouvoir qualifier ce roman d’inoubliable. 

Le Voisin de Tatiana de Rosnay, France Loisirs, rééd. 2012, 248 pages


Quel plaisir de retrouver les personnages si attachants de la trilogie de Katherine Pancol. Ce roman frais, touchant et optimiste a embelli mon été et c'est avec un pincement au cœur que j'ai achevé cette trilogie.

Les amoureux sont tristes quand ils sont seuls
Après la tragédie à laquelle elle a dû faire face (dans La valse lente des tortues), Joséphine est rongée par le doute et la culpabilité. Celle qui a accompli tant de choses se rabaisse à nouveau. Encouragée par son éditeur, ses filles et son amie Shirley, elle relève enfin la tête et s'atèle à l'écriture d'un nouveau roman. 

Dans ce troisième tome, les personnages continuent leur évolution : Hortense poursuit sa quête de célébrité dans le monde de la mode, Zoé entre dans l'adolescence, Alexandre apprend à vivre sans sa mère, Henriette prépare sa vengeance, et j'en passe et des meilleures. C'est un réel plaisir de tous les retrouver, de partager les petits et grands moments de leur vie. Une fois encore, Katherine Pancol prouve que ses personnages ne sont pas seulement des êtres de papier, mais de véritables êtres auxquels le lecteur s'attache comme à de vraies personnes.

Ici, plus que dans les deux tomes précédents, l'amour occupe une place centrale. Joséphine et Philippe, Hortense et Gary, Zoé et Gaétan, Shirley et son mystérieux inconnu... que l'on ait 15, 20 ou 40 ans, être amoureux rend toujours tout chose et donne des papillons dans le ventre. On se tourne autour, on s'aime, on se hait, on se repousse, avant d'enfin tomber dans les bras l'un de l'autre. Avec beaucoup de simplicité, Katherine Pancol décrit parfaitement les comportements que l'amour peut engendrer.

A la fois extraordinaires et pleines de simplicité, les aventures que vivent les personnages du roman sont une belle tranche de vie dans laquelle chacun pourra se reconnaître. En créant des personnages auxquels chaque lecteur peut s'identifier, Katherine Pancol a fait la force de sa trilogie, qu'il est décidément bien difficile de refermer.

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi de Katherine Pancol, Le Livre de Poche, 2011, 939 pages

Lisez mon avis sur :


Devant le matraquage médiatique dont il a fait l'objet, c'est par curiosité que je me suis décidée, après plusieurs mois d'hésitation, à me lancer dans la lecture de Cinquante nuances de Grey. Hésitation qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille : rarement une lecture aura été pour moi aussi pénible et dénuée d'intérêt.

Le grand amour commence par SM...
Quiconque a un tant soit peu écouté le bruit qui a accompagné la sortie du livre en connaît l'histoire : Anastasia Steele, naïve étudiante en littérature, fait la rencontre de Christian Grey, homme d'affaires richissime à l'ego surdimensionné. Ayant mis le grappin sur la jeune donzelle, Grey la harcèle jusqu'à ce que celle-ci accepte de partager avec lui ses fantasmes sado-masochistes...

J'ai certes un peu forcé le trait dans mon résumé de l'intrigue, mais pas tant que ça finalement. Parce que la première chose que je dois vous signaler, c'est que ce roman est dépourvu d'intrigue : les choses sont posées pratiquement dès le départ, et les 500 pages du bouquin consistent à enchaîner les scènes érotiques dans des lieux différents. Ah si, entre deux ébats, vous avez également droit aux épanchements coupables de la pauvre Ana, qui comprend qu'elle se fait rouler dans la farine par un pervers, ce qui ne l'empêche pourtant pas de se jeter à nouveau dans ses bras à la prochaine rencontre. 

Comprenez-moi bien : le sujet sado-masochiste en soi ne me dérange pas, mais encore faut-il que l'intrigue soit intéressante. D'ailleurs, les scènes érotiques qui pullulent dans ce livre ne sont pas si choquantes que l'on veut bien nous le faire croire : ouvrez n'importe quel roman contemporain (Blue Jay Way de Fabrice Colin, par exemple), et vous y trouverez des scènes plus réalistes et parfois plus dérangeantes. Ici, les scènes sont, à quelques détails près, toutes les mêmes, et l'on finit par vite s'ennuyer. Les personnages, creux, agaçants au possible et pas attachants pour deux sous, ne rattrapent malheureusement pas l'ensemble.

Enfin, la dernière chose que je déplore dans ce livre est le style : pauvre, redondant et vulgaire. Les répétitions y sont tellement nombreuses que vous pouvez prédire à l'avance quels mots seront utilisés pour décrire les (mêmes) situations : "Je me mordille la lèvre intérieure", "Oh mon dieu !", "Et maintenant, je vais vous baiser, Ana Steele". Et là, nous en venons au fait : est-il indispensable, dans un roman érotique, d'user d'un langage vulgaire pour éveiller le désir du lecteur ? Pire, quel est l'intérêt de placer, dans la bouche d'une jeune fille, qui plus est étudiante en littérature, des mots comme "merde" et "oh putain" à chaque page ? Je ne suis pas une adepte du langage châtié, ne vous méprenez pas, mais je me demande simplement ce que ces jurons apportent au récit !

Bref, vous l'aurez compris, cette lecture a été très pénible et n'a éveillé aucun fantasme chez moi. J'ai été atterrée par la stupidité de l'héroïne, l'antipathie dégagée par Grey et la pauvreté de l'écriture. Il semblerait que, sur les trois tomes de la trilogie, ce premier opus soit le moins bon : je n'exclus donc pas la possibilité de lire la suite un jour. Mais ce ne sera décidément pas pour maintenant, laissez-moi me remettre de cette mauvaise expérience d'abord.

Cinquante nuances de Grey, tome 1 de E.L. James, JC Lattès, 2012, 551 pages


Une enquête rondement menée, une intrigue surprenante, un Harry Bosch toujours aussi attachant… avec Volte-face, Michael Connelly est au sommet de son art, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Du côté de l’accusation 
Vingt-quatre ans après sa condamnation pour le meurtre d’une fillette de douze ans, Jason Jessup est relâché après qu’une analyse ADN semble le disculper. Mais le bureau du procureur de Los Angeles ne l’entend pas de cette oreille, et confie le dossier à Mickey Haller, habituellement avocat à la défense, dans le but de renvoyer Jessup en prison. Pour mener à bien cette affaire qui semble perdue d’avance, Haller impose son demi-frère, Harry Bosch, comme enquêteur et reprend le dossier depuis le début. 

Cette fois-ci, Harry Bosch partage la vedette avec son demi-frère, Mickey Haller, qui se retrouve narrateur. L’originalité de ce récit est qu’il comporte deux "pôles" : le procès, de la préparation au verdict d’une part, et l’enquête d’Harry Bosch qui lui est liée, d’autre part. Malgré quelques sous-entendus que l’on comprendra certainement mieux si l’on a lu les romans précédents de Connelly, les deux frères travaillent main dans la main pour gagner leur procès.

A mis chemin entre le polar et le thriller juridique, Volte-face est un roman diablement efficace, au suspense entier. Une fois l’intrigue mise en place, le récit se déroule de lui-même et vous assistez, comme si vous y étiez, au procès qui s’écrit sur les pages. Comme dans une bonne série judiciaire, vous êtes happé par l’intrigue et vous prenez le final en pleine face. Car Connelly, même après une vingtaine de romans mettant en scène Harry Bosch, parvient encore une fois à surprendre son lecteur, et c’est ce qui fait le succès de ses livres. 

Volte-face de Michael Connelly, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


Un univers tordu, une atmosphère pesante, des personnages errants dans une vie qui ne semble pas la leur... Blue Jay Way est un ovni littéraire à mi-chemin entre le thriller et le roman contemporain, où le style et le suspense règnent en maîtres. Un livre déroutant et surprenant.

L.A., antichambre de l'enfer
Jeune franco-américain en recherche d'identité, Julien devient le précepteur de Ryan, fils à la dérive d'une romancière à succès et de son ex-mari producteur à Hollywood. Il s'installe à Blue Jay Way, la somptueuse villa dans laquelle Ryan et ses amis mènent une existence dépravée et désœuvrée. Séduit par cette vie douceâtre et sans conséquences, Julien engage une relation avec Ashley, la nouvelle épouse du père de Ryan. Jusqu'à ce que sa disparition précipite le jeune homme dans un enfer brûlant où la réalité se mêle à la fiction.

Attendez-vous à être dérouté par ce roman qui mélange avec brio thriller, policier et réflexions philosophiques sur un monde moderne dans lequel il est de plus en plus dur de trouver sa place. Avec un suspense insoutenable, Fabrice Colin déploie une triple intrigue (l'histoire de Julien et deux intrigues secondaires qui n'ont, à première vue, rien en commun) de laquelle il est impossible de se détacher. Les personnages sont profonds, travaillés, et suscitent sympathie ou dégoût, mais ne laissent pas indifférent.

Ecrit dans un style pur et réaliste, parfois trash, Blue Jay Way met en scène une Los Angeles maléfique, à l'atmosphère lourde, une ville diabolique qui semble irréductiblement attirer ses habitants vers le vice. Les scènes de sexe violent, de soirées dissolues et l'oisiveté de la jeunesse dorée d'Hollywood constituent un clin d’œil insistant à l'œuvre de Bret Easton Ellis, la provocation en moins. 

S'il ne plaira certainement pas à tout le monde, Blue Jay Way est un excellent roman ultra contemporain dont le final vous mettra une claque en pleine figure.

Blue Jay Way de Fabrice Colin, Le Livre de Poche, 2013, 552 pages

Une lecture, un avis court, une note !
Pour lire mes avis détaillés (quand il y en a) sur chaque livre, cliquez sur le titre.

J'ai gardé mon rythme de lecture tranquille au mois d'août avec 4 livres : 3 tops et un gros flop !



Blue Jay Way de Fabrice Colin
Dans un univers tordu à la Bret Easton Ellis, Blue Jay Way est un roman déroutant à la frontière entre le thriller et la littérature contemporaine, dont le dénouement vous mettra une claque en pleine figure.
Ma note : 15/20



Les écureuils de Central Park sont tristes de lundi de Katherine Pancol
Ce fut un réel plaisir de retrouver tous les personnages de cette trilogie fraîche et pleine de vie et je vous avoue avoir éprouvé un pincement au cœur en refermant ce livre. Si vous n'avez pas encore lu cette trilogie, lancez-vous !
Ma note : 18/20



Volte-face de Michael Connelly
Ah, Harry Bosch, je ne me lasse toujours pas de lui ! Encore une fois, Michael Connelly signe un roman addictifsavant mélange de thriller juridique et de polar terriblement efficace et diaboliquement plaisant.
Ma note : 17/20



Cinquantes nuances de Grey d'E.L. James
Après trois lectures excellentes, il fallait bien un gros flop ! J'ai lu ce roman par curiosité, pour me forger mon propre avis, indépendant de tout ce qui peut en être dit. Et le constat est accablant : si le thème ne m'a pas choquée en soi (et ce n'est d'ailleurs pas si choquant), je me suis ennuyée tout au long de la lecture. Les personnages creux et sans saveur, l'intrigue inexistante, la répétition des mêmes scènes tout au long du livre et le style médiocre ont eu raison de ma patience.
Ma note : 8/20


Et vous, qu'avez-vous lu ce mois-ci ?



D'une histoire qui pourrait être banale, Erin Kelly a écrit un thriller au suspense insoutenable. Sombre et puissant, L'arbre au poison est un petit bijou d'une poésie envoûtante.

L'amitié toxique
Brillante étudiante au Queen Charlotte's College à Londres, Karen a une vie bien rangée et un avenir déjà tout tracé. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Biba, une actrice en herbe exubérante qui vit dans une gigantesque demeure délabrée avec son frère Rex. Aussitôt liée à Biba par une amitié hors du commun, Karen va vivre l'été le plus inoubliable de sa vie, avant que celle-ci ne bascule...

Dès les premières pages, il est évident qu'un drame s'est produit cet été-là et a changé la vie de tous les personnages. En alternant le récit au passé et au présent de la vie de Karen, l'auteur déroule peu à peu les faits sans longueurs ni ennui. Au fil des pages, l'univers s'opacifie, le suspense devient lourd et le roman envoûtant. L'histoire de Karen et son amitié avec Biba et Rex est aussi captivante et dangereuse qu'un arbre magnifique mais vénéneux.

Avec des mots légers mais lourds d'émotion, écrits d'une plume poétique, Erin Kelly met doucement en place un univers sombre et mélancolique, un monde ensorcelant mais menaçant, où une amitié extraordinaire n'a d'égale qu'une ingratitude insensée. En refermant ce livre, j'ai ressenti un douloureux sentiment de tristesse, mais je reste éblouie par la puissance qui émane de ce premier roman au timbre si particulier.

L'arbre au poison d'Erin Kelly, Le Livre de Poche, 2013, 473 pages


Berlin, 1944. La guerre tourne mal pour l'Allemagne et les nazis aux abois tentent de faire oublier leur passé trouble pour ne pas être faits prisonniers à la libération, tandis que les civils tentent tant bien que mal de survivre aux bombardements des Britanniques. Énième fiction sur fond de Seconde Guerre Mondiale, Deux dans Berlin se démarque avec brio par son intrigue originale dénuée de pathos et son style ultra-réaliste.

A la faveur d'un raid aérien, Ruprecht Haas, ancien commerçant dénoncé à la Gestapo, parvient à s'échapper du camp de Buchenwald et regagne Berlin pour se venger de ceux qui l'ont dénoncé. Parallèlement, Hans-Wilhelm Kalterer, officier SS blessé sur le front de l'est, est rapatrié à la capitale et reprend ses fonctions d'inspecteur de la police criminelle, où il enquête sur le meurtre d'un haut fonctionnaire nazi. Au milieu des bombardements s'engage une chasse à l'homme dont le dénouement ne peut être que tragique.

Dès les premières pages, on est plongé dans l'univers chaotique d'une Allemagne agonisant sous le poids des bombes alliées. Civil ou nazi, bon ou mauvais, chaque individu doit mener une lutte de tous les instants pour survivre au prochain bombardement, une journée de plus. Au centre de ce tableau, les deux protagonistes, Haas et Kalterer, évoluent tant bien que mal, guidés par leur quête de vengeance et de vérité. Au fil des chapitres, on en apprend plus sur le passé de ces deux hommes que tout semble opposer. Mais s'il est une chose à retenir de la guerre, c'est que si les nazis sont des sales types, les civils ne sont pas tous des enfants de chœur et chacun a, à un moment ou à un autre, sa responsabilité dans les déportations, la violence et l'horreur.

Avec un style très réaliste qui montre la guerre en gros plan, Richard Birkefeld et Göran Hachmeister signent là un roman original et très documenté. Malgré les scènes atroces, Deux dans Berlin est un livre passionnant qui propose, sans tomber dans le pathétique facile, une réflexion profonde sur la responsabilité de chacun dans la guerre.

Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


Après avoir découvert et aimé Stephen King avec Dôme et Running Man, dans le but de me familiariser avec son (immense) oeuvre et sur les conseils appuyés de mon amie MademoizelleBreizh, je me suis plongée dans la lecture d'un de ses romans les plus célèbres : Misery, qui fut un véritable coup de cœur.

Le mal s'appelle Annie
Je vous avertis tout de go : en ouvrant Misery, attendez-vous à plonger dans un univers oppressant et terrifiant, dont vous vous souviendrez longtemps. Paul Sheldon, romancier à succès et créateur du personnage littéraire de Misery, pourrait vous en dire long. Victime d'un accident de voiture sur une route enneigée, il ne s'attendait pas à être recueilli par Annie, une petite femme à la santé mentale fragile qui se dit être son "admiratrice numéro un". Mais pour elle, Paul Sheldon a commis un acte pour lequel il doit payer : il a osé faire mourir la pauvre Misery. Commence alors un huis clos qui ressemble bien à l'enfer sur terre.

Déjà à la lecture de Dôme, j'avais été épatée par le talent de Stephen King pour décrire les pulsions humaines les plus viles. Ici, Annie se situe toujours au bord de la folie et le calvaire de Paul Sheldon ne semble jamais prendre fin. Sans jamais faire appel au fantastique, Stephen King parvient à mettre son lecteur dans un état de terreur absolument effrayante. Tout au long de ma lecture, je me suis répété une chose : je ne veux jamais, au grand jamais, me retrouver à la place de Paul Sheldon. Pour autant, cela ne m'a pas empêché d'engloutir les pages à une vitesse phénoménale.

Car c'est là que réside la force de Misery : le suspense y est insoutenable et la terreur éprouvée à la lecture intense, mais le récit est tellement addictif que l'on continue la lecture, les yeux mi-clos, dans l'attente d'un nouveau rebondissement qui nous fera frémir. Enfin, la profusion de détails qui rendent les scènes extrêmement réalistes et la description quasi psychiatrique des réactions des personnages contribuent grandement à la véracité du récit et à l'état psychologique quelque peu tendu du lecteur. Bref, on s'y croirait et pour m'avoir tant fait frissonner à la lecture : chapeau.

Misery de Stephen King, Le Livre de Poche, rééd. 2009, 391 pages

J'ai lu Misery dans le cadre du challenge Livra'Deux pour Pal'Addict avec MademoizelleBreizh.

Une lecture, un avis court, une note !
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Juillet n'a pas été de tout repos, je n'ai pratiquement pas blogué, pratiquement pas lu non plus, et les vacances se font douloureusement désirer ! Résultat : un bilan moins fourni que d'habitude avec 4 livres.



Elle savait de Lee Child
Un bon roman d'espionnage qui déménage autant qu'un bon film d'action. Un excellent divertissement quand on n'a pas envie de se prendre la tête.
Ma note : 15/20



Misery de Stephen King
Révélation ! C'est l'un des meilleurs thrillers que j'ai jamais lu et de loin le meilleur Stephen King que j'ai lu jusqu'à présent. Un huis clos terrifiant qui me fait encore froid dans le dos. Et quelle écriture, King est décidément un génie pour décrire les pires penchants humains !
Ma note : 20/20



L'arbre au poison d'Erin Kelly
Un roman très sombre qui met en scène la douloureuse vie d'une femme face à un lourd secret. Le suspense est maîtrisé avec brio et envahit peu à peu tout l'espace, jusqu'à provoquer une véritable tension à la lecture. Ce livre m'a laissée sur un profond sentiment de mélancolie, mais m'a envoûtée par sa poésie.
Ma note : 16/20



Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister
Encore un roman sur la Seconde Guerre Mondiale et les nazis, mais cette fois-ci très original. Loin des écueils dramatiques dans lesquels il est facile de tomber avec ce genre de sujet, Deux dans Berlin est un roman cru, terriblement réaliste, sur le Berlin de 1944, sur l'Allemagne capitulante dans laquelle chacun, ex-détenu, nazi ou simple civil, tente par tous les moyens d'effacer ses responsabilités dans la guerre pour éviter les ennuis. Un livre excellent et édifiant.
Ma note : 18/20


Et vous, qu'avez-vous lu ce mois-ci ?


Une série de massacres atroces, un flic obsédé par l'enquête au point d'en oublier tout ce qui faisait sa vie... En ouvrant Adieu, attendez-vous à être happé par une intrigue à la limite de la folie, dont vous ne ressortirez pas indemne.

L'obsession jusqu'à la démence
2001, région parisienne. Une famille est retrouvée massacrée à son domicile : mère et enfants ont été froidement exécutés. Seul manque le père de famille, qui s'est évaporé. L'enquête est confiée au commissaire Hervé Langelier, qui déjà soutient une hypothèse contre l'avis général de ses supérieurs : c'est le père qui a tué sa famille. Un mois plus tard, jour pour jour, une autre famille subit le même sort, non loin de là. Alors que la police s'oriente sur la piste d'un tueur en série, Langelier campe sur ses positions : le meurtrier est l'un des pères. Au fil des mois, les meurtres se poursuivent, et le commissaire Langelier se coupe peu à peu de sa vie pour sombrer dans une enquête qui le mènera aux confins de la folie...

Le roman s'ouvre dix ans après les faits, sur le pot de départ en retraite d'Hervé Langelier. Alors que sa carrière a été détruite par l'affaire des massacres, le commissaire met un point d'honneur à rétablir la vérité devant ses pairs, et à enfin raconter sa version de l'enquête. La majorité du récit consiste donc en un monologue du personnage principal qui explique, point par point, détail après détail, tous les éléments de l'enquête qu'il a continué de mener pendant dix ans.

Dès les premières pages, j'ai été happée par ce récit tendu, au suspense insoutenable, et par cette enquête aux allures de casse-tête chinois. Indice après indice, je me suis laissée convaincre par le récit douloureux de Langelier, ce flic si peu sympathique mais si captivant. Mais toute l'intelligence de ce roman réside dans les dix dernières pages : après l'avoir sans cesse persuadé de croire à son récit, le narrateur assène un coup de massue à son auditoire (et par là à son lecteur) en lui révélant une vérité diabolique à laquelle je m'étais interdit de penser.

Servi par un style détaillé mais fluide, Adieu est un thriller oppressant qui se lit avec frissons et se referme avec stupeur. Chapeau bas à l'auteur qui réussit, dans ce roman, à convaincre et balader son lecteur, sans que celui-ci ne s'aperçoive même qu'il est manipulé.

Adieu de Jacques Expert, Le Livre de Poche, 2013, 408 pages

Un livre-comédie musicale, une histoire d'ados fâchés contre leur parents et rapprochés par la musique... J'avais peur qu'Une guitare pour deux soit ce genre de roman niais et dégoulinant de bons sentiments. Après lecture, je vous affirme qu'il ne l'est pas du tout et que j'ai même passé un très bon moment de lecture !

Une guitare pour changer son regard sur le monde
Tripp et Lyla sont des musiciens : lui joue de la guitare, elle du violoncelle. De prime abord, ils n'ont rien en commun : Tripp est un cancre rebelle, Lyla une jeune fille modèle. Quand ils se retrouvent à devoir partager une salle de répétition au lycée, c'est le clash : le comportement de l'un se confronte aux bonnes manières de l'autre... jusqu'à ce qu'une guitare les rapproche. Naît alors une amitié sans borne grâce à laquelle Tripp et Lyla partagent tout : les relations avec leurs parents, les joies et les doutes de l'adolescence...

Je vais être très franche : lorsque l'on m'a envoyé ce roman composé au quart de chansons d'ados, j'ai eu un peu peur. Peur d'un livre niais, "cul-cul", débordant de bons sentiments et de leçons de vie à la noix. Mais j'ai vite ravalé mes préjugés : Une guitare pour deux est certes un livre-musical (au sens où la musique y est non seulement le thème central mais compose une bonne partie du contenu même du livre, comme en témoigne les paroles et tablatures rassemblées à la fin de l'ouvrage), mais c'est aussi un très bon roman jeunesse. L'auteur a fait un réel effort de construction, à la fois de ses personnages et de l'intrigue, et a soigné son style, si bien que je me suis surprise à tourner les pages de manière addictive.

Si j'ai largement passé sur les chansons, j'ai bien senti que l'auteur transmettait là sa passion pour la musique, et pour la guitare en particulier, à travers une intrigue bien pensée et tout sauf bancale, qui aborde sans superficialité des thèmes tels que l'amitié, l'adolescence et la perte d'un être cher. Au final, j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre ces deux adolescents en pleine découverte d'eux-même, et j'ai été agréablement surprise par ce roman qui plaira certainement aux ados, même s'ils n'ont pas l'habitude de lire.

Une guitare pour deux de Mary Amato, Nathan Jeunesse, 2013, 288 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Nathan Jeunesse qui m'ont gracieusement envoyé ce livre.


Paris, 1733. La baronne de Fontaine-Martel, chez qui le sulfureux philosophe Voltaire coulait des jours heureux et à moindre frais, est retrouvée assassinée d’une des plus horribles manières qui soient : la malheureuse a été empoisonnée, étouffée, poignardée et étranglée. Trop occupé à superviser le déménagement d'un cimetière, René Hérault, le chef de la police, pose un ultimatum à Voltaire : il devra mener l’enquête sur ce meurtre à sa place et en toute discrétion ; sinon, direction la Bastille pour toutes les horreurs irréligieuses et anticonformistes que le philosophe a écrites !

Voltaire, enquêteur effronté
Nous voici donc suivant Voltaire, canaille pique-assiettes sans scrupules et sans vergogne, galopant à travers les rues de Paris à la poursuite d’un assassin fantôme. Sur un malentendu, il se retrouve assisté de Mme de Breteuil, marquise du Châtelet enceinte jusqu’au cou mais qui ne tient pas une minute en place. A eux deux, ils suivent toutes les pistes que sème le mystérieux meurtrier. 

Quiproquos, scènes cocasses et dialogues surprenants, le lecteur n’est pas en reste. Sur un rythme effréné, Frédéric Lenormand met en scène un Voltaire survolté, très drôle et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Sur fond de faits historiques réels et fort bien documentés, l’auteur déploie une intrigue policière qui se lit avec délectation

J’accorde une mention spéciale au style, pastiche humoristique de celui de Voltaire, tel qu’on peut le connaître dans Candide, par exemple. Cette écriture vive, pleine d’esprit et de jeux de mots participe clairement à l’hilarité générale qui émane de ce roman. Détente et plaisir assurés !

La baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand, Le Livre de Poche, 2013, 276 pages


Alors que j'avais adoré Le livre de Johannes, premier roman de Jorgen Brekke, c'est avec beaucoup d'attentes que j'ai lu sa suite, Mélodie pour une insomnie. Un thriller efficace et violent, mais qui m'a tout de même légèrement déçue par rapport au Livre de Johannes.

Un meurtrier mélomane
Quelques mois après l'affaire des parchemins, l'inspecteur Odd Singsaker reprend du service. Cette fois, il enquête sur un meurtre sanglant et et une étrange disparition : une chanteuse est retrouvée assassinée, gorge tranchée et cordes vocales arrachées, une boîte à musique à la place du larynx. Et lorsque une autre chanteuse, vivant dans le quartier de la défunte, disparaît à son tour, toute la police est sur le qui-vive pour retrouver un assassin fasciné par les berceuses de Jon Blund, un troubadour du XVIIIe siècle, dont les chansons sont sensées donner le sommeil...

Mélodie pour un insomnie est construit sur le même mode que Le livre de Johannes : une intrigue contemporaine mettant en scène Singsaker et ses collègues de la police norvégienne, et une intrigue secondaire, historique celle-ci, faisant le lien avec les motivations du meurtrier. Les chapitres s'imbriquent de la même manière, si bien que l'effet de surprise qui existait dans Le livre de Johannes est un peu gâché à la lecture de Mélodie d'une insomnie : au bout de quelques chapitres, j'avais déjà compris la motivation du tueur et mon intérêt à la lecture a donc diminué.

Attentions âmes sensibles : Mélodie pour une insomnie est un roman très violent, bien plus que ne l'était déjà Le livre de Johannes. Nous avons là affaire à un meurtrier qui ne sait pas garder son sang froid, et qui inflige à ses victimes des coups d'une extrême violence, que l'auteur nous restitue avec force détails. 

Malgré les scènes très rythmées, j'ai trouvé un certain nombre de longueurs au livre, notamment dans les chapitres historiques et dans la description de la relation Singsaker-Felicia, qui ne sert pas réellement l'intrigue et semble donc annoncer une suite. Enfin, j'ai regretté les réflexions et clins d'oeil de l'auteur sur la littérature policière qui m'avaient tellement plus dans Le livre de Johannes et sont quasi-inexistantes dans Mélodie pour une insomnie

Après avoir tant aimé Le livre de Johannes, je ne pouvais m'empêcher de faire une lecture comparative de Mélodie pour une insomnie, qui peut se lire, à mon sens, indépendamment du premier tome, et reste malgré tout un thriller diaboliquement efficace.

Mélodie pour une insomnie de Jorgen Brekke, éditions Balland, 2013, 394 pages

Je remercie chaleureusement les éditions Balland et Babelio qui m'ont gracieusement envoyé ce livre dans la cadre de l'opération Masse Critique.