mardi 3 mai 2016

Numéro zéro d'Umberto Eco : délire et paranoïa à la une

Numéro zéro s'annonçait comme un polar sur la manipulation de l'information et la nébuleuse des médias. Cette promesse semblait alléchante sur le papier, mais j'ai finalement trouvé ce roman décevant.


Numéro zéro d'Umberto Eco : délire et paranoïa à la une

Milan, 1992. M. Colonna est embauché avec six autres journalistes pour créer Domani, un nouveau quotidien dédié à la recherche de la vérité. Théories du complot, attentats : la première année de travail est consacrée à fouiller le passer pour composer les "numéros zéro" destinés à convaincre les actionnaires... et à faire trembler les grands du pays. Mais l'assassinat d'un des journalistes remet tout le projet en cause.

Paranoïa et manipulation médiatique
Pas de doute, on retrouve dans Numéro zéro le goût d'Umberto Eco pour le burlesque et les énigmes. Le roman se présente comme le journal intime de Colonna racontant les événements qui se sont déroulés avant l'assassinat de son collègue. Dès les premières pages, les faits semblent servir la paranoïa du héros, qui ne fera que s'accentuer au contact des autres personnages. Ici, ce n'est pas l'enquête ni même les circonstances de la mort du journaliste qui importent, mais bien les raisons pour lesquelles il aurait pu être supprimé, à savoir ses théories fumeuses sur l'histoire de l'Italie. Umberto Eco s'amuse à traiter les délires de ses personnages plus que réceptifs à la théorie du complot.

Malheureusement, les passages consacrés aux théories ahurissantes des différents personnages sont très longs et font référence à des événements de l'histoire italienne qu'il faut avoir étudié de près pour en comprendre toute la subtilité. L'un des personnages développe par exemple une hypothèse sur la fausse mort de Mussolini et ses conséquences sur la politique italienne contemporaine, qu'un lecteur français aura du mal à comprendre. J'ai donc passé très rapidement ces passages qui m'ont pour ainsi dire ennuyée.

Enfin, Numéro zéro est une satire du monde des médias, qui n'hésitent pas à manipuler l'information pour faire chanter untel. Le personnage de Simei, le rédacteur en chef du journal, symbolise à lui seul la malhonnêteté d'une certaine presse : "Les journaux disent aux gens ce qu'ils doivent penser", rappelle-t-il à ses journalistes. Umberto Eco tombe volontairement dans la caricature, mais il n'est parfois pas si loin de la vérité.

Finalement, c'est donc une lecture en demi-teinte. Si j'ai apprécié la démarche de l'auteur, j'ai eu du mal à me plonger dans ce roman court mais très dense, dont les trop longs passages sur l'histoire italienne ont eu raison de ma patience. 

Numéro zéro d'Umberto Eco, Le Livre de Poche, 2016 (première parution en VO : 2015), 233 pages
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